Culture et éducation

 

 

ASSISES DE LA TRANSITION EN Bugey/ samedi 28 juin 2014

Table ronde n°5

Education et culture :

« Fabriquer une citoyenneté critique comme moteur de l’émancipation »

La transition n’est pas seulement une affaire de moyens technologiques, elle est avant tout culturelle, puisque voulue. En effet, il faut désirer quelque chose pour l’avoir. Il faut aussi ne pas en avoir peur. Car la transition, qu’elle soit énergétique, écologique, environnementale, économique, passe par un changement et nécessite de refonder le cadre dans lequel nous évoluons.

Par exemple, si nous parlons de transition énergétique, il faut bien admettre que le seul changement de technologie ne suffit pas. Il faut l’allier avec une société plus sobre, moins gaspilleuse qu’actuellement. Nous dépassons ainsi le cadre bien structuré d’une société technologique. Même à l’intérieur du cadre technologique, il faut dépasser l’idée de n’avoir qu’une technique de remplacement ou deux, mais penser qu’il y a une grande multitude de solutions à partir du moment où l’on dépasse ce cadre ou qu’on agrandi le cadre.

Le changement nécessite de connaître le cadre sociétal

Mais, pour changer de cadre, il est nécessaire de le connaître, de le comprendre. C’est en cet objectif qu’aspirent les sciences sociales et sociétales comme la sociologie ou l’histoire. Mais aussi la science de l’historiographie, qui elle même analyse le récit historique.

Car si la sociologie ou l’histoire sont des sciences, et en cela se doivent d’être objectives, la réalité montre que les analyses, ou le récit de l’histoire ne l’est jamais. Il répond à des objectifs économiques, politiques, culturels ou religieux. Il s’inscrit aussi dans un cadre déterminé.

Ainsi par exemple, l’histoire de France proposée aux élève de la 3e république avait pour but de valoriser les ancêtres des français, mais surtout de proposer un modèle sociétal. Les Gaulois, dans ce récit ont le double rôle d’être ceux qui commencent le récit mais aussi ceux qui vont être les modèles de références intemporels (ils vont incarner les valeurs des français)

Ainsi, bien qu’ils soient rustres et pas encore civilisés (ils ont une excuses puisqu’ils commencent le récit et de ce fait ceux qui arrivent après doivent avoir une valeur ajouté), ils ont néanmoins tous les bons caractères que doit avoir l’homme du peuple au début du 20e siècle : ils sont forts, courageux, patriotes, virils, adroits, ils n’aiment pas l’injustice et surtout, ils ont des bonnes mœurs. Leurs seuls défauts : ils se battent, sont susceptibles, boivent un peu trop mais surtout ils ne sont pas civilisés (cela viendra).

Actuellement, les recherches sur les gaulois nous montre une civilisation raffinée ; il semble que les gaulois aient été des guerriers exceptionnels ; mais ils faisaient des sacrifices humains et leur société était basée sur l’homosexualité (1).
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1997_num_141_2_15761

Ce récit était inconcevable au siècle dernier car le cadre ne le permettait pas. L’homosexualité était un délit, voir un crime. Donc il a fallu changer de cadre pour se rapprocher de la vérité historique. Mais notre vérité historique est elle même subjective.

Si au 19e siècle les gaulois sont enfermés dans les limites de la nation, dans les années 1980, la télévision montrait avec fierté des fouilles de villages gaulois en Hongrie. On était alors en pleine construction européenne…

 

La finalité du récit historique

Nous voyons donc que la transmission du cadre passe par le récit historique et donc par l’éducation.
Mais l’éducation a aussi et surtout le rôle de permettre la redéfinition du cadre. C’est ce qu’on appelle, l’émancipation.

Comme le dit très bien Laurence de Cock, professeur d’histoire géographie, historienne et enseignante à l’INRP, l’enseignement de l’histoire a plusieurs finalités. Tous d’abord fabriquer une appartenance (française, savoyarde, européenne, mondiale), fabriquer de l’identité mais surtout fabriquer de la citoyenneté « critique ».

Selon elle, « C’est regarder dans le passé comme un miroir des possibilités. C’est regarder ce qui a été possible dans le passé, comment les hommes et les femmes se sont organisés, qu’est ce qui a donné naissance à des évènements, qu’est ce qu’une mobilisation, en quoi les hommes et les femmes anonymes du passé ont pu être moteur de l’histoire. »
http://www.snuipp.fr/Laurence-De-Cock-L-histoire-pour

Dans ce cas, le rôle de l’enseignement de l’histoire, si il va au delà de la fabrication d’une appartenance et d’une identité permet de voir le cadre et l’évolution de ce cadre par l’intermédiaire de la fabrique d’une citoyenneté critique.

Et c’est bien cette « critique » qui permet de remettre en cause par exemple notre politique énergétique basée sur le nucléaire et sur les hydrocarbures fossiles.

Et c’est bien cette « critique » qui permet aussi de remettre en cause des grands projets d’infrastructures jugés jusque là indispensable pour notre bien être.

Une citoyenneté critique moteur de l’émancipation

Noël Communod conseiller régional de Rhône Alpes en a fait la brillante démonstration lors d’un débat sur la nouvelle ligne ferroviaire Lyon Turin, le 3 décembre 2012 à Chambéry.

Si avant, la construction d’une infrastructure n’était jamais remise en cause, ce n’est plus le cas aujourd’hui, car le cadre à changé. « Auparavant, il était inimaginable de parler « d’inutilité » à propos d’une infrastructure.

Même si les flux attendus n’étaient pas au rendez vous, l’infrastructure avait au moins un rôle désenclavant et améliorait le bien être de la population. Aujourd’hui, la densité importante des infrastructures, la pollution engendrée par l’augmentation de trafic induite par celle-ci, et le manque de terres agricoles fait que le besoin d’infrastructure ne se justifie plus. La prise de conscience qu’on ne peut pas avoir une croissance infinie dans un monde fini a changé le cadre ».

Et si avant, l’opposition sur les infrastructures se faisaient sur les nuisances que celle-ci apporteraient, maintenant elle se fonde sur l’inutilité même des projets.

Et cette « inutilité » vient d’une critique de « l’utilité » de ces projets. Critique qui a permis la naissance du concept de « grands projets inutiles » popularisé lors des forum de Bussoleno en 2011 et de notre dame des landes en 2012 :
http://forum-gpii-2012-ndl.blogspot.fr/2012/07/declaration-de-cloture-du-2eme-forum.html

Ces concepts qui ébranlent le cadre original permettent l’émergence d’autres cadres et donc l’émergence d’une nouvelle vision de la société. Nous pouvons mettre ainsi en parallèle la notion d’inutilité des grandes infrastructures à partir du moment où l’on envisage une relocalisation de l’économie.

 

L’émancipation permet d’avoir une vision sociétale à long terme

Une vision plus écologique de l’agriculture met en avant la diversité des productions pour leurs complémentarité sur une même région. Cela contraste très nettement avec la vision de l’agriculture productiviste d’après guerre qui divisait l’Europe en grands secteurs agricoles.

Cela s’est vérifié par exemple en Bretagne avec la production intensive de porcs et de volailles qui pour exister ont besoin d’un réseau d’infrastructures efficaces et des transports peu cher. Les troubles de l’ordre public lors de la mise en place de l’écotaxe sont le symptôme que cette production intensive ne peut pas faire sans.

Elle est aussi très destructrice au niveau environnemental : en témoigne les nappes phréatiques polluées et l’apparition d’ algues vertes sur les côtes (qui sont dû à un surplus d’azote alors que dans d’autres régions, on en manque pour les cultures. Donc on en produit et on en importe à grand frais d’hydrocarbures, au mépris de toutes conséquences environnementales) (2)

En outre, ce modèle n’est pas économiquement fiable puisque sans subvention, il s’écroule. Finalement, ce système existe grâce aux salaires très bas des ouvriers et à une consommation élevée de nourriture de très mauvaise qualité.

On connaît actuellement les problèmes de santé (surpoids, diabète, etc…) qu’engendre une alimentation de mauvaise qualité. On ne parlera pas des mauvais traitements que subissent les animaux, ni des conditions de travail qui sont exécrables.

L’agriculture productiviste a été mise en place avec un cadre fondé exclusivement sur l’amélioration des technologies basées sur une énergie pétrolière abondante. Et avec un soucis de quantité au détriment de la qualité.

L’évolution, le changement, n’ont pu être pensés qu’à partir du moment où il y a eu une critique de ce système, fondé non pas sur l’idée d’une nature inutile, mais indispensable. L’agro-écologie se base actuellement sur l’idée qu’il faut s’aider de la nature et non la combattre. (3)

Repenser notre relation avec l’environnement

L’évolution se fait aussi dans le regard qu’on a vis à vis de la nature. On est passé d’une nature hostile à une nature parfaite et nous devrons encore faire évoluer notre cadre pour nous adapter.

Elle se fera aussi par la complexification des concepts, par la sortie de systèmes binaires manichéens. Le système ancien nous enseignait par exemple que les écosystèmes marchaient sur la prédation. Les herbivores mangeaient les plantes et étaient mangés par les carnivores, etc, etc. Or maintenant, on découvre les relations complexes qu’on les plantes entre elles, avec les champignons, les bactéries. Que les déchets des uns peuvent devenir de la nourriture pour les autres ; que certaines plantes ou insectes sont liés à des populations et ne sont pas en concurrences entre eux.

Ces idées vont aussi de pair avec notre évolution sociétale. Nous sommes poussés à recycler nos déchets, à composter. La raréfaction des matières premières par exemple nous oblige à revoir le cadre dans lequel était le déchet.

L’éducation et la culture sont les bases même de l’idée de la transition et de sa mise en œuvre. Comment favoriser et par quelles moyens une éducation qui favorise comme le dit Laurence de Cock, la « Citoyenneté critique » permettrait à l’individu et à la collectivité de construire le cadre d’une transition énergétique, économique, culturelle voire démocratique ?

Emmanuel coux

 

Notes :

  1. L’interdit de l’homosexualité est apparu en orient avec le christianisme. Il se développe de façon formelle avec l’édit de l’empereur romain Théodose 1er interdisant l’homosexualité en 39o sur tout l’empire romain. Le christianisme étant devenu la religion officielle et obligatoire dans tous l’empire romain, les mœurs des celtes romanisés et christianisés vont évoluer comme le dira Bardessane dans son livre des lois de pays.
  2. http://suite101.fr/article/lhomosexualite-chez-les-celtes-a9982
  3. Marc Duffumier : Malbouffe au nord, famine au sud
    la gazette.fr : http://www.lagazettedescommunes.com/118206/marc-dufumier-%C2%AB-le-systeme-agricole-est-aberrant-en-terme-de-developpement-soutenable-%C2%BB/

BIBLIOGRAPHIE

Mémoire historique et politique européenne, politiques, défis et perspectives.
http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/note/join/2013/513977/IPOL-CULT_NT(2013)513977_FR.pdf

L’enseignement de l’histoire, programmes et enjeux Laurence de Cock
http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article177

Philippe Mérieu : le choix d’éduquer, éthique et pédagogie, Pris ESF 1991

http://www.unige.ch/fapse/life/livres/alpha/M/Meirieu_1991_A.html

« Philippe Mérieu montre les choix décisif des choix éthiques de l’éducateur, quand il se donne pour fin l’émergence de sujets libres, quand il oeuvre simultanément pour leur instruction et leur émancipation, quand il parvient à articuler les principes d’éducabilité avec celui de liberté…Tout faire pour que l’autre apprenne et lui communiquer la convition du possible, sans pour attendre pour autant la soumission et la réciprocité marchande ».

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Pas-de-transition-ecologique-sans-education-!-2013-12-10-1073779

CESE : EEDD tout au long de la vie pour la transition écologique
http://www.lecese.fr/travaux-publies/leducation-lenvironnement-et-au-developpement-durable-tout-au-long-de-la-vie-pour-la-transition-ecologique

http://www.actu-environnement.com/ae/news/education-environnement-clef-transition-ecologique-20071.php4

http://eduscol.education.fr/cid70957/developpement-durable-et-transition-energetique.html

cloture du colloque : formes d’éducations et processus d’émancipation
http://www.canal-u.tv/video/universite_rennes_2_crea_cim/cloture_du_colloque_formes_d_education_et_processus_d_emancipation.10160

le point de vue des anarchistes
http://resistance71.wordpress.com/2010/11/22/crise-systemique-mondiale-pedagogie-critique-education-et-emancipation-sociale/

entretien avec Philippe Geneste
http://www.cnt-f.org/nautreecole/?%E2%80%88Une-education-emancipatrice-est

L’éducation émancipatrice face aux crise : résister et construire l’avenir
http://www.article11.info/?L-education-emancipatrice-face-aux

Rapport du Sénat : le métier d’enseignant au coeur d’une ambition émancipatrice
http://www.senat.fr/rap/r11-601/r11-601_mono.html

colloque université de Lausanne :
http://www3.unil.ch/wpmu/ple/2012/07/la-question-des-savoirs-dans-une-ecole-emancipatrice-portee-et-limite-de-lecole-des-premieres-annees-de-la-revolution-russe/

Vers une histoire scolaire renouvelée qui éduque à la citoyenneté et réfléchissent aux usages publics de l’histoire. Charles Heimberg SEALS (société vaudoise d’histoire et d’archéologie)
http://retro.seals.ch/digbib/view?rid=rhv-001:1997:105::9&id=browse&id2=browse5&id3=3

AFFICHE28-29 juin

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