Jardin planétaire

Table ronde n°3 : Jardin planétaire, territoires en transition

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Le jardin planétaire est un concept inventé par le paysagiste Gilles Clément pour signifier que la terre est un espace clos, finit dans lequel toute forme de vie a une place en interdépendance.

Il s’agit de considérer la responsabilité de l’homme dans « le bon équilibre » sur la terre qui est comparé à un jardin y compris entre les zones cultivées ou laissées en friches, ainsi que l’équilibre et la complémentarité de l’ensemble.

En effet, la terre est un espace où les interactions sont extrêmement fortes. Il en est ainsi par exemple, du mélange des espèces, l’importance de la biodiversité.

Les pollutions, la perte de la richesse de la biodiversité, le réchauffement climatique sont autant d’ enjeux contemporains de plus en plus préoccupants aujourd’hui car sont ainsi mis en péril l’existence même des espèces et de l’homme.

La gestion du « jardin planétaire » pose les questions d’aménagement du territoire, de l’agriculture, de notre manière « d’habiter  » notre environnement proche, ses codes esthétiques et méthodes culturales et culturelles.

Qu’Est-ce être un « jardinier » au 21ème siècle? L’accession à la terre doit-elle devenir un privilège, pour qui, pourquoi et à quelles fins? Quelles sont les stratégies à la portée de tout citoyen pour se réapproprier le vivant , de la semence à l’ alimentation ? Et si le jardin planétaire était un jardin partagé « universel « ?

 

 

Croissance et tentation du bitume : entre  » aménagement »et « déménagement » du territoire

Nous assistons à une urbanisation grandissante qui fait disparaître les espaces naturels et les terres agricoles. Ces dernières du coup sont de plus en plus convoités et on assiste à une véritable OPA sur les terres agricoles d’Afrique et de l’Europe de l’Est au détriment de la population locale.

L’augmentation de la population est bien sur pointé du doigt. Mais si on regarde plus attentivement, c’est dans les pays à plus fort pouvoir d’achat, qui sont aussi des pays avec une démographie stable, que l’expansion urbaine est la plus forte. L’expansion urbaine est donc la matérialisation concrète de l’empreinte écologique dans un espace donné.

Le mitage du paysage

Si le nombre d’usines dites polluantes a globalement reculé dans le paysage des pays occidentaux, les paysages ont été par conséquence complètement saccagés depuis une trentaine d’année .

Une couronne composée de zones pavillonnaires, commerciales et industrielles uniformes s’est étendue autours des villes floutant la limite entre ville, village et campagne. Cette couronne a gommé les caractéristiques qui différenciaient une ville ou une région à une autre. Les paysages sont devenus les mêmes d’un bout à l’autre de l’Europe…

Ce bétonnage entraine des conséquences assez néfastes au niveau environnemental comme la diminution de la faune et de la flore, la disparition des couloir biologique ou des problèmes d’écoulement des eaux. Et cela induit une charge financière supplémentaire pour les collectivités.

Du point de vue des populations humaines dans ces « no man’s land » de l’expansion urbaine sans centre de vie s’est installé un mode de vie qui impose l’isolement, la solitude…

 

Société de loisir et espaces « naturels »

Cette remarque sur le mitage du paysage est aussi valable pour des endroits à forte caractéristiques paysagères comme les bords de mer ou la montagne. Là où le vacancier cherche à se ressourcer en pleine nature mais avec « tout le confort » dans un paysage « typique », les promoteurs répondent en termes de stratégies économiques spéculatives à court termes. Gérer le flux touristique et la vie locale avec l’ enjeux du développement, comment ménager la chèvre et le choux?

Dans les Alpes, ce ne sont paradoxalement pas les grosses stations qui sont le plus mités, mais les « stations villages », où les programmes immobiliers de petits chalets luxueux se sont succédés. Pourtant, ces programmes n’ont pas répondu à un besoin de logement réel. C’est souvent, du secondaire créé à des fins spéculatives. Un placement d’argent dans de l’immobilier sensé prendre de la valeur lucrative.

Les vallées sont quand à elle, un cordon sans fins d’urbanisation où se mélangent des résidences pavillonnaires, des entrepôts, des champs, des lotissements, des villages, des zones artisanales, industrielles…

Du Nord au Sud: quels terroirs et quels territoires pour quelle alimentation?

 

Une fâcheuse caractéristique de notre modèle de développement urbain est de consacrer toutes les bonnes terres agricoles aux habitations en lotissements et zones commerciales ; on constate par ailleurs un engouement vers les dernières terres agricoles en Afrique ou en Europe de l’Est. Produire hors de notre territoire à des milliers de kilomètres est-il un avenir souhaitable avec une agriculture délocalisée, et intensive? Qu’en est-il pour les population locales? La question de la souveraineté et sécurité alimentaire est fondamentale au Nord comme au Sud , l’agriculture vivrière est devenu le défi de notre temps : pour une sécurité alimentaire et en même temps que les produits dits de « terroirs  » deviennent aussi des vecteurs d’attractivité touristique incontournables.

Enfin dans cette logique de développement et d’agriculture délocalisée il est de mise de créer de plus en plus d’infrastructures : Il faut acheminer notre nourriture sur des milliers de kilomètres. Mais pas que : une grande partie de nos biens de consommation sont produits hors de nos territoires. Donc, à des zones pavillonnaires et commerciales, s’ajoutent aussi de plus en plus d’énormes infrastructures qui diminuent encore les espaces naturels et les terres agricoles: méga entrepôts, zones industrielles..etc A l’heure où l’espace entre terres agricoles, zones habitées, zones industrielles se restreint inexorablement, ne convient-il pas aussi de s’interroger davantage sur la source carnée de notre alimentation? Comment le travail de l’agriculteur en vivrier sculpte à la fois le paysage et permet une alimentation de qualité ?

Le Bugey et son caractère local

Le Bugey situé à la périphérie des grandes agglomérations que sont Chambéry, Genève et Lyon semble à première vue épargné par l’urbanisation. Les territoires « préservés » et « naturels » du Bugey sont vantés dans les prospectus touristiques avec ses routes des vins. Pourtant, en 10 ans, tous les villages sauf quelques exceptions ont été défigurés. Les terres agricoles souvent sont remembrées, déboisées en plaine deviennent de vastes zones céréalières (pour alimentation animale), des carrières, zones d’entreposages en tous genres . Les territoires naturels, pourtant vastes se réduisent. Le mitage des paysages s’intensifie: il n’y a plus « d’entrée  » de village, des maisons de lotissements noient toute lisibilité et même souvent ce sont des zones artisanales qui marquent l’entrée par une juxtaposition de grosses boites uniformes.. Les villages du Bugey perdent leur caractère d’habitat groupé. .

 

Les choix d’avenir : Sobriété heureuse et partages

L’habitat groupé

La solution de l’habitat groupé comme développement n’est pas neuve. Et elle a été testé avec succès par exemple à Fribourg en Brigsau, dans le quartier Vauban.

Outre l’avantage esthétique qu’il procure, l’habitat groupé réduit l’empreinte territoriale de l’habitat sur l’espace et privilégie donc les espaces naturels et agricoles.

L’empreinte est réduite à la fois au niveaux des parcelles, mais aussi au niveau des infrastructures. On va donc rationaliser l’espace.

L’empreinte énergétique va être aussi réduite. Déjà, au niveau de l’énergie grise, on va réduire les mètres linéaires de réseaux ; réduction qui va se répercuter dans l’entretien donc mais aussi au niveau des couts.

L’empreinte énergétique va être aussi réduite indirectement car il est possible de créer un arrêt pour les transports en commun (ce qui est difficile avec l’habitat dispersé).

Mais, l’argument qui vient en tête pour l’habitat pavillonnaire est celui du petit jardin individuel d’où la nécessité de créer des jardins partagés qui favoriseront les habitats groupés.

Les jardins partagés: l’éco citoyenneté en marche

Les jardins partagés sont des espaces collectifs avec comme objectifs un accès à la nature, un espace convivial et un contact avec la terre nourricière qui permet a tout citoyen de se réapproprier le vivant , de se rapprocher de la question de « nourriture » au sens de nourriture terrestres mais aussi d’ éducation populaire.

La qualité du temps passer au jardin: loisir ou corvée?

Pourquoi cet engouement de nos contemporains pour les jardins partagés?

Aujourd’hui nous éprouvons tous le besoin de se « retrouver » dans le jardin, se détendre, jouer et profiter de l’extérieur. C’est l’argument de vente des maisons de lotissement avec le jardin « modèle » vendu depuis les années 70 avec la maison  » clef en main » : pelouse, arbres d’ornements en tous genres, massifs fleuris…et sa problématique du « travail de l’entretien « 

Bien que les fabricants sachent répondre par des machines de plus en plus performantes et des produits par de plus en plus toxiques ( Les tondeuses, par exemple, sont devenues auto-tractés puis à l’étape suivante, ce sont des véritables petits tracteurs qui sont apparus) l’entretien d’un jardin reste une corvée énergivore et coûteuse

Les taches sont simples, peu nombreuses mais pénibles car le « modèle » prôné demande un travail de « propreté  » ne tolérant aucune vie spontanée : tondre une pelouse rase, tailler une haie au carré, arracher les mauvaises herbes sur la terrasses et les allées. C’est ce que l’on trouve dans la majorité des jardins.

Quels sont les fruits » de ces « jardins type »? : une fois le jardin à maturité…Enlever , élaguer , tailler : en effet le fruit de ces jardin est souvent élagage parce que l’arbre qu’on a planté 15 ou 20 ans auparavant prend des dimensions que l’on n’avait pas soupçonné en peuplant le jardin, abatage, réduction du massif de fleurs exubérant au long des années et voir transformation du massif en pelouse pour limiter le temps d’entretien du jardin .

Dans un monde de plus en plus chronofage, l’entretien est une corvée de plus et pas un épanouissement ou un « ressourcement à la nature ».Tout ce temps est prélevé sur le temps loisir .

Le jardin  » modèle » privé est devenu une source d’esclavage moderne: coûteux, et polluant; le jardin privatif se résume souvent à un décor énergivore et chronofage alors qu’on se satisferait d’une terrasse avec un barbecue.

Que fait-on dans un jardin partagé? Quel modèle de jardin? et quel jardinage?

Le jardin partagé a l’avantage lui de partager ces tâches entre les utilisateurs de ce jardin. De plus, ce qui confirme l’analyse plus haut, c’est que l’on observe que les tâches dite de « corvées » comme la tonte ou la taille de haies séparatives sont réduites au minimum. On constate donc un autre aménagement du jardin où les espaces acquièrent des fonctions réelles :

Des espaces de jardins vivriers en petites parcelles individuelles ou collectives prennent la place de la pelouse, et des espaces de créations apparentés au « land art » prennent la place de massifs de fleurs annuelles sans âmes. Une grande table, des chaises, permettent une vie d’abord conviviale et sociale où le jardin n’est plus seulement un décors mais un lieu de vie. C’est aussi un moyen efficace de lutter contre l’isolement et la solitude qui caractérise notre société.

D’autres formes de jardinages découlent de cette impulsion nouvelle d’occupation de l’espace urbain en lien avec une démarche éco citoyenne et d’expériences sociales: les « incroyables comestibles », les « guérillas jardinières »…les jardins partagés sont autant de lieux d’expérimentations sociétales, que de création esthétique, potagères en réponse à un monde normalisé de plus en plus contraignant et au besoin de se « retrouver » dans une activité extérieure.

Ainsi nous avons pu nous interroger sur l’idée de gestion du « jardin planétaire » : aménagement du territoire, quelle agriculture pour demain…partis du constat de notre manière « d’habiter  » notre environnement proche nous avons pu aborder des solutions pour innover en prenant conscience de notre empreinte sur le paysage , les codes esthétiques, les méthodes culturales et culturelles et notre monde en changement.

Le « jardinier » au 21ème siècle c’est sans doute un éco citoyens militant pour que la terre et ses fruits restent un Bien commun. C’est peut-être le paysan qui façonne paysage et terroirs dans une démarche globale à la fois vivrière et pédagogique en faisant par exemple de l’accueil, de la formation, en travaillant en coopérative.. ? l’aspect pluriactif de l’agriculteur paysan, comme du jardinier peut-il permettre justement de penser et vivre un jardin « planétaire » ? Un jardin alors comme lieu de création , riche de sa transversalité et par là même le creuset de la transition, une transition sociale, sociétale.. semant des graines d’alternatives pour créer l’abondance de joie de vivre.

Bibliographie :

Gilles Clément : le jardin planétaire :

http://www.gillesclement.com/cat-jardinplanetaire-tit-Le-Jardin-Planetaire

La Suisse pourtant plus soucieuse de son paysage que la France a fait une étude alarmante sur le mitage de son territoire. Etude résumé sur ce lien :

http://www.cipra.org/fr/nouveautes/3304

Titre : « Déstructuration du paysage en Suisse : analyse quantitative 1940 – 2002 et conéquence pour l’aménagement du territoire. »

http://www.nfp54.ch/f_projekte_raum.cfm?Projects.Command=details&get=4&kati=1

Le « manifeste pour les paysage » édité par la FNCAUE en PDF dans le lien :

http://www.fncaue.fr/?LE-COLLECTIF-PAYSAGE-S

le jardin partagé : http://jardins-partages.org/du jardin partagé au jardin en mouvement : http://jartdainpartage.over-blog.com/article-du-jardin-partage-au-jardin-en-mouvement-118164169.html

AFFICHE28-29 juin

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